Traumatisme vicariant : quand la souffrance des autres finit par nous traverser
- Philippe Monchaux
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Que se passe-t-il lorsque cette exposition répétée aux récits traumatiques commence, lentement, à transformer notre propre monde intérieur ?
C’est ce que l’on appelle le traumatisme vicariant.
À travers la vidéo ci-dessous, découvrez un phénomène encore peu connu du grand public, mais pourtant fréquent chez les professionnels de l’écoute, les thérapeutes, les soignants, les travailleurs sociaux, les aidants… et parfois même chez certaines personnes fortement exposées aux contenus anxiogènes sur les réseaux sociaux ou dans les médias.
Qu’est-ce que le traumatisme vicariant ?
Le traumatisme vicariant désigne l’impact psychologique indirect provoqué par l’exposition répétée à la souffrance d’autrui.
Contrairement à un traumatisme classique, la personne ne vit pas directement l’événement traumatique. C’est l’écoute, l’empathie et l’implication émotionnelle qui deviennent progressivement le vecteur de la charge psychique.
Avec le temps, cela peut modifier :
la perception du monde
le sentiment de sécurité
la confiance envers les autres
la manière de percevoir les relations humaines
Le phénomène est souvent lent, discret et difficile à identifier au départ.
Des signes parfois subtils
Le traumatisme vicariant ne se manifeste pas toujours de manière spectaculaire. Il peut apparaître progressivement sous différentes formes :
fatigue émotionnelle persistante
sensation d’être “chargé” après certaines consultations
hypervigilance
difficulté à décrocher mentalement
vision plus pessimiste de l’humain
perte de légèreté ou de spontanéité
besoin d’isolement
sentiment d’usure empathique
Chez certains professionnels, cela peut conduire à une véritable fatigue de compassion ou à un épuisement psychique plus profond.
Les professionnels les plus exposés
Ce phénomène concerne particulièrement :
les psychologues et psychopraticiens
les thérapeutes
les infirmiers et médecins
les éducateurs spécialisés
les assistants sociaux
les forces de l’ordre
les journalistes exposés à des contenus violents
les proches aidants
Plus l’exposition à la souffrance est répétée et émotionnellement investie, plus le risque augmente.
Pourquoi est-il important d’en parler ?
Parce que beaucoup de professionnels apprennent à prendre soin des autres… Sans toujours apprendre à prendre soin de leur propre équilibre psychique.
Le traumatisme vicariant n’est ni une faiblesse, ni un manque de compétence. Il témoigne souvent d’une forte implication humaine et empathique.
Le reconnaître permet :
de prévenir l’épuisement
de préserver sa qualité de présence
de maintenir une juste distance émotionnelle
de protéger durablement sa santé psychique
Quelques pistes de prévention
Certaines pratiques peuvent aider à limiter l’impact vicariant :
supervision ou analyse de pratique
espaces de parole entre professionnels
activités corporelles et régulation du stress
rituels de fin de journée
capacité à différencier ce qui appartient à l’autre et ce qui nous appartient
maintien d’un équilibre personnel et relationnel
Prendre soin de soi n’est pas incompatible avec l’engagement professionnel. C’est même souvent une condition essentielle pour continuer à accompagner de manière juste et durable.
En conclusion, le traumatisme vicariant rappelle une réalité fondamentale : l’être humain n’écoute jamais totalement “de l’extérieur”.
Lorsque l’on accueille quotidiennement la douleur, les blessures ou les traumatismes d’autrui, il est essentiel de reconnaître que cela peut laisser une empreinte psychique.
Mettre des mots sur ce phénomène, c’est déjà commencer à mieux se protéger.



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